Des grains de sables

La Ville de Paris et le Crédit Municipal de Paris (CMP) lancent chaque année un appel à projets du Prix 1% marché de l’art, dispositif innovant de soutien à la création artistique à destination des artistes plasticiens dans le domaine des arts visuels.

Du 12 octobre 2024 au 14 décembre 2024 Gratuit

S’étendant à perte de vue dans des déserts arides ou baigné par la mer, s’écoulant d’un sablier ou creusé par les mains des enfants, le sable a bien des visages : plusieurs centaines de minéraux se regroupent sous son apparente unité. Matière fluide, difficile à classer parmi les liquides ou les solides, il renvoie à des imaginaires disparates selon qu’il enraye les machines, balaie les dunes ou accueille le baiser des vagues.

C’est sous le signe de cette pluralité et de cette diversité que se place l’exposition, qui réunit six artistes se saisissant de toutes les possibilités offertes par l’art contemporain et manipulent la vidéo, les arts du feu que sont le verre et la céramique, la sculpture en métal ou le recyclage, et même le jeu vidéo. Leurs oeuvres, réalisées spécifiquement pour cette exposition grâce à une bourse de production de la Ville de Paris et du Crédit Municipal de Paris, et montrées ici pour la première fois, se lient les unes aux autres par un appel aux imaginaires de la lutte, du mélange et de l’évasion.

Dans cette exposition, deux séquences semblent développer des logiques antagoniques de résistance et de résilience : aux engagements patients, hardis ou furtifs déployés au rez-de-chaussée et dans la salle vidéo de l’étage, répondent dans la dernière salle, à l’étage, l’oubli, la désinvolture et le rêve.

LES ARTISTES

Nous plongeant dans une histoire ouvrière remontant aux débuts de la révolution industrielle, Paul Heintz mêle les gestes du travail à la chaîne à ceux de la danse : la chorégraphie qui en résulte allie liberté de mouvement et marche forcée dans un hymne rythmé à l’obstruction, cette forme de grève qui organise le ralentissement de la production.

Dans la continuité de ses fontaines organiques et de ses Vénus alanguies, Elsa Sahal restitue ici le sentiment d’un corps composite, dur comme la terre et brillant comme le cristal. Fusionnées grâce au feu, les deux matières s’érigent en un totem dédié au sexe féminin.

Si la clandestinité modifie les structures politiques et sociales, les réseaux secrets poursuivent leur communication, diluée dans un apparent anonymat urbain : c’est ce principe que met en scène Liv Schulman dans les rues de Buenos Aires, alors qu’une répression illibérale secoue l’Argentine.

En disposant au sol des appuie-tête inspirés des cultures du monde, Chloé Quenum offre un temps de répit dans la course du monde. Ces oreillers sommaires invitent à sombrer dans un sommeil parsemé des pépites du rêve : cet accueil bienveillant offre un oubli éternel à qui s’y repose, à l’image des mangeurs de lotus de l’Odyssée.

Pour son Souvenirs de la Ville Lumière, Prosper Legault agrège des enseignes néon dans un assemblage hétéroclite. Clichés poétiques et anecdotes extraordinaires s’y côtoient, s’y imbriquent, s’y contredisent. Cette chimère clignotante plonge la salle dans une lumière électrique prélevée dans la rue, désormais obscure.

Avec le récit féérique de l’explorateur Hassan al-Wazzan, dit Léon l’Africain, Mounir Ayache dépasse les frontières du temps et de l’espace : du XVIe siècle au XXVIe siècle siècle, de Tombouctou au Vatican, de la maquette aux mondes virtuels, le héros se cherche dans l’infinité des horizons possibles.

Un marchand de sable est passé par ici, de funestes engrenages ont été stoppés là : en parcourant l’exposition, d’une forme à l’autre, d’un univers à l’autre, un chemin se dessine, ouvrant toutes les pistes d’un art engagé dans le présent.

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