Savoir n’est pas forcément vouloir savoir. Beaucoup de choses que nous connaissons nous embarrassent, nous inquiètent, parfois même nous empêchent de vivre. Alors, mystérieusement, une machine mentale se met en marche pour nous permettre d’ignorer ce que nous savons pourtant. Cette machine a un nom : le déni.
Au cirque, il faut au contraire enrayer cette machine. La réalité, aussi pénible soit-elle, ne peut être occultée ni sous-estimée. Sur la piste, impossible de nier la gravité, le déséquilibre, la fatigue ou le risque de la chute. Chaque geste engage le corps et rend visibles ses limites. Le cirque nous apprend ainsi à regarder le réel en face et à composer avec lui plutôt qu’à le nier.
Que peut alors nous apprendre cet « anti-déni » circassien sur notre propre aveuglement volontaire ? Qu’a à nous dire l’artiste qui, pour tenir debout, doit précisément savoir ce qu’il risque de perdre ? Peut-être qu’en nous révélant nos dénis, il saura aussi nous les faire rire.
Une philosophie du déni pourrait bien naître de cette terre indéniable qu’est le cirque.
Petite philosophie circassienne de nos états
Dans quels états sommes-nous ?
Depuis plusieurs années, la Compagnie des Attentifs est fidèle au Carré de Baudouin, où elle mène une recherche à la croisée de la philosophie et du cirque, notamment avec l’Académie Fratellini. Les Impromptus y sont un espace d’expérimentation : avec de jeunes artistes-apprenti·e·s, quelques jours d’improvisation et de travail au plateau permettent de chercher ce que le corps peut faire à une question — et ce qu’une question peut faire au corps.
Pour cette nouvelle série, la Compagnie des Attentifs explore les états : ces manières d’être qui colorent notre rapport au monde et transforment nos gestes, nos rythmes et nos perceptions. Sur scène, les artistes cherchent à les éprouver, les analyser, les incarner, les faire entendre et les faire danser.
Résistance
Déni
Silence
Étonnement
Ivresse
Cinq états traversés par la pensée, le corps et l’intime. Cinq manières d’interroger, en mouvement, notre façon d’être au monde.